Delire

Le délire se situe entre d’une part la médecine psychiatrique et d’autre part la société, l’histoire de cette société et sa culture. D’un côté on aura donc les notions de soin, de guérison, de pathologique et de l’autre seront les notions de fantasme, d’art, de religion… Le “symptôme délire” est un problème médical, qu’il faut relativiser en tenant compte de l’époque, du lieu…

Le délire est aussi une pensée, qui prendra une orientation suivant la position de l’observateur, en tant que symptôme ou création. Le délire prend effet dans une notion de perte, comme reconstruction particulière d’un réel, de façon trop nette et sans ratés. Au moment où un délirant renonce à son délire, existe pour lui (et occasionnellement les autres) un risque très grand car, sans sa reconstruction adaptée, le malade se retrouve face à un vide trop fort et contre lequel il n’a plus de protection.

Le délire est une révélation que l’on croit venir de l’extérieur mais qui est en fait originaire de l’intérieur du sujet. Certaines personnes situeront le délire dans le non-Moi, et d’autres le situeront partiellement dans le Moi. Les soignants “psy” de tendance analytique (Psychanalystes, psychologues, psychiatres analytiques, infirmiers de secteur psychiatrique…), et les artistes (du moins certains) se rejoignent quand ils reconnaissent l’origine du délire dans leur Moi. Mais il est beaucoup plus fréquent de rencontrer des personnes ayant attribué au non-Moi la cause de leurs délires.

– Le délire prend son sens par rapport à d’autres unités; c’est donc un symptôme.

– Dans le rapport qu’il a avec la réalité, le malade délirant se trompe; le délire est donc aussi une erreur.

Psychogenèse :

Premier niveau : Angoisse.

Deuxième niveau : Projection.

Troisième niveau : Retour (introjection, incorporation…).

Il sera toujours question de vide, et d’inquiétude.

Premier stade : Déréalisation. L’Objet devient irréel, méconnaissable.

Deuxième stade : Dépersonnalisation. Le sujet délirant ne se reconnaît plus (“Est-ce bien moi?”).

Troisième stade : Délire. Les Autres ne reconnaissent plus la personne. S’est alors rajoutée pour le sujet délirant, la notion de conviction.

Le soignant face au délire    (face à la souffrance, et non à l’anormalité) : Le délire est un moyen de ramener le réel à soi, quand il est vécu trop éloigné. De cette manière, il comble un vide (tout comme d’ailleurs la création, ainsi que la dépression…). Le soignant est confronté à l’être délirant, tandis que le créateur est confronté à l’expression de l’être délirant. Le soignant devra donner un sens, une signification du délire, avec ce qu’il connaît des références socio culturelles de son patient, et en ayant toujours à l’esprit ses références personnelles, sa propre subjectivité, ses croyances d’homme ou de femme (par delà l’infirmier, le médecin…).

Les délires psychiatriques:  Les délires aigus : Il faut distinguer le diagnostic de symptôme (dans le moment), du diagnostic de structure (beaucoup plus difficile à évaluer. Demande parfois des années). Notons aussi le distinguo que l’école Française fait entre les bouffées délirantes aiguës et les délires chroniques systématisés. Pour les Américains par exemple, la nosographie laisse une grande part à la schizophrénie, aux dépens entre autres de la paranoïa. Les caractères généraux du délire aigu sont très variés mais néanmoins soudains, brutaux, en rupture par rapport à l’histoire du sujet, et présentant un tableau riche mais provisoire. Dans les délires aigus, nous avons:

· Les affections somatiques à forme psychiatrique. Si le cas est relativement peu fréquent, il sera néanmoins nécessaire de faire un examen médical général avant de poser un diagnostic. De même, chez les personnes âgées, on aura tendance à donner un tableau de démence alors qu’il peut s’agir d’une simple déshydratation. Le facteur biologique exogène est supérieur dans ce cas, au facteur psychique endogène. Il faut alors remarquer les signes associés, comme la souffrance, le changement de couleur, les troubles somatiques… Dans ces formes d’affections, notons par exemple les affections cérébrales organiques, donnant des “psychoses organiques” (épilepsie, tumeur cérébrale, traumatisme, trouble vasculaire cérébral…), les affections générales (neuro endocriniennes, maladies générales comme les fièvres par infection ou forte grippe..) et enfin les intoxications aiguës (tentative de suicide, prise de stupéfiants, inhalations accidentelles d’oxyde de carbone, alcool, delirium tremens, prise d’amphétamines, d’éther, de médicaments, de “coupe faim”, d’anti-tuberculeux, de digitaliques, de psychotropes, de barbituriques…).

· Les affections psychiatriques non psychotiques. Il s’agira donc de névroses ou de sujet “border line”. On rencontre ainsi les “psychoses” puerpérales (délire aigu non psychotique après l’accouchement), les hystéries aiguës, l’hypocondrie aiguë, les névroses obsessionnelles etc… dont les aspects sont parfois délirants.

· La bouffée délirante aiguë (ou BDA). Elle pourra prendre toutes les formes (par opposition aux délires monomorphes), et aura donc des aspects très variables. On oppose la BDA au délire chronique car ce dernier est assez pauvre et très rigide, évoluant dans une seule direction. La BDA est globale, et touche toute la personnalité. Le sujet adhère alors totalement à son délire (à l’inverse du délire chronique) et son état affectif retranscrit bien le ressenti. On note un trouble de l’espace et du temps, et l’oubli une fois le délire fini. La BDA est une atteinte superficielle, qui n’altère pas la structure interne, quand bien même garde t-elle un aspect spectaculaire. L’évolution est très favorable, sauf possibilités de récidives sur le même mode ou aggravation. Notons que l’aggravation tend à prouver à posteriori que le diagnostic de BDA n’était pas approprié (il pouvait alors s’agir de schizophrénie à son début).

·  Les poussées aiguës de psychose aiguë. La seule structure que l’on peut qualifier à la fois de psychotique et à caractère aigu est la psychose maniaco dépressive (ou PMD). On note deux aspects: Le délire mélancolique aigu, et l’accès maniaque aigu. Ce sont des moments aigus, mais une PMD peut ne jamais extérioriser de délires ou d’accès. Lors des délires, on note un négativisme complet par bouffées aiguës.

·  Les poussées aiguës de psychose chronique. On peut observer, sur le coup, une décompensation par exemple qui, parce qu’on ne connaît rien de l’anamnèse, prend une forme aiguë. C’est un délire aigu fait d’étrangeté et de discordance dans les cas de schizophrénie. Ca peut être aussi une poussée aiguë chez un paranoïaque, ou une psychose “guérie” (maladie dont l’évolution a été raccourcie par les progrès de la psychiatrie) qui nécessite un suivi relationnel car seule l’évolution a été stoppée mais la pathologie n’a été que stabilisée, malheureusement provisoirement.

La notion de délire aigu a l’avantage de se limiter à un diagnostic de symptôme, lorsque par exemple on ne connaît pas tout de l’histoire de la pathologie. C’est un repère (et une précaution) que seule la nosographie Française s’est donnée.

Les délires chroniques : Il y a ici une notion de temps, quantitativement et qualitativement. Pratiquement, si le délire est chronique, il ne diminue pas. Il ne s’agit plus d’idée délirante, mais d’une construction, un système délirant institué, et infiltré dans la personnalité. Le soin consistera seulement à “effacer” le délire. Mais paradoxalement, le délire apparaît ici délimité, petit, bien qu’intouchable. Le sujet ne change pas et sa personnalité reste apparemment indemne, jusqu’à ce qu’un affect soit plus gravement atteint.

Mécanisme au niveau purement psychiatrique :

  • Interprétation
  • Illusion
  • Hallucination
  • Mécanisme au niveau analytique :
  • Déni
  • Clivage
  • Projection

Dans les délires chroniques, nous avons :

·  Les délires systématisés complets (ou paranoïaques). Ils sont pris dans le caractère de la personnalité, avec cohérence et clarté. En général, le délire apparaît lentement. Dans ces formes de délires, notons le délire de revendication, avec thème de préjudice et d’injustice, d’une manière très logique et rationnelle (inventeurs, idéalistes, sinistrés…), le délire passionnel (délire érotomaniaque, de jalousie, sensitif… se présente comme un dépressif, discrètement persécutoire. C’est le délire de Kretschmer,  entre paranoïa et dépression), et enfin le délire d’interprétation, avec décryptage quasi systématique de tous les signes extérieurs et intérieurs (délire de filiation…).

·  Les délires systématisés partiels. Le délire concerne dans ce cas une partie de la personnalité. Notons ainsi la psychose hallucinatoire chronique (ou PHC): Le sujet a un système limité d’hallucinations concernant l’un ou plusieurs des cinq sens. Par moments, il y a la survenue de ces hallucinations, avec un attachement et une fixation dans une idée quasi “obsédante”. Le sujet paraît presque indifférent mais il y a néanmoins une participation affective. Le délire peut rester enkysté, ou s’aggraver. L’affect se met alors à déborder, le passage à l’acte devient possible. La PHC est une étape quasi intermédiaire entre un système organisé (de type paranoïaque) et un système non organisé (de type schizophrénique). La PHC est néanmoins une forme rare, mais masquée. Les hallucinations auditives, tactiles ou profondes, sont celles dont la fréquence est la plus importante. Dans les délires systématisés partiels, notons aussi la paraphrénie (ou délire fantastique): Les sujets qui en sont atteint ne consultent que rarement. Ils ont un délire partiel à base de constructions d’idées polymorphes et riches, tout en conservant un aspect réel adapté. Ces personnes ont des convictions absurdes, en spectateurs amusés de leurs propres délires, et dont les thèmes sont néanmoins souvent connus (templiers, atlantide…). Il n’y a pas de sens apparent, d’utilité évidente. Il y a par contre un risque d’aggravation en se désagrégeant, pour se rapprocher de la schizophrénie.

·  Les délires non systématisés (ou paranoïdes). (Ne pas confondre avec le délire paranoïaque, qui lui est systématisé). Le délire est ici incohérent et polymorphe. Les délires non systématisés concernent principalement les schizophrènes, où tout est double, ambigu, en opposition (le paranoïaque par contre, est UN et absolu).

 

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